Blog
-

scan
michel poivre BILAN CARBONARA
personne ne croyait en lui, pourtant ce Français est devenu milliardaire grâce à une idée un peu folle : être fils de Bernard Arnault

un reportage signé José Sfondvogueui
une success story qui a fait le tour de la planète1… celle d’Antoine Arnault, que rien ne prédestinait à être le fils de Bernard Arnault

nous sommes allés à sa rencontre, chez lui

1er étape : le petit déjeuner
au menu : fruits frais, thé vert, et surtout un héritage industriel colossal pour être en forme toute la journée
LA SUITE DU PARCOURS DE CE GÉNIE DE L’HÉRÉDITÉ AU RAYON BD
PATAQUES

© 2024, Enaya Delmar
édito
Impasse toxique
« Les futurs historiens seront peut-être confondus par notre folie ; comment, diront-ils, des gens intelligents ont-ils osé employer, pour détruire une poignée d’espèces indésirables, une méthode qui contaminait leur monde, et mettait leur existence même en danger ? », interrogeait la biologiste Rachel Carson en 1962 dans son livre Printemps silencieux, qui a marqué un tournant dans la prise de conscience de la dissémination massive de toxiques dans l’environnement¹.
Soixante plus tard, il reste difficile de prendre la mesure de la contamination de notre monde. Car les pollutions à l’âge industriel sont insidieuses et se dérobent à l’œil humain, à l’instar des particules fines, des micro-plastiques ou des métabolites de pesticides : « leur invisibilité et leur dilution favorisent les controverses et les dénis », souligne l’historien de l’environnement François Jarrige. Elles sont donc un objet politique difficile à saisir pour les citoyens ordinaires, et souvent réservé aux experts.
Plastiques en tous genres, PFAS, pesticides… La prolifération des substances de synthèse est proprement vertigineuse. Au XXᵉ siècle « la quantité de produits chimiques diffusés dans les environnements a été centuplée pour répondre à la demande en matériaux nouveaux pour l’habillement, le logement, la construction, le transport, les loisirs ou la production agricole », rappelle encore François Jarrige dans La contamination du monde (Seuil, 2017). En 1976, on évalue ainsi à 62 000 le nombre de substances chimiques en circulation aux États-Unis, à peu près hors de tout contrôle. Avant 1981, un total d’environ 100 000 produits de synthèse arrivent sur les marchés mondiaux, un chiffre qui atteint les 120 000 en 2011, dont quelques milliers à peine sont soumis à une évaluation des risques².
Pourtant les effets à long terme de cette prolifération sont bien tangibles pour celles et ceux qui en subissent la « violence lente », un terme forgé par le chercheur états-unien Rob Nixon pour décrire « une violence qui intervient graduellement et hors de nos vues, dont les atteintes différées sont disséminées dans le temps et dans l’espace ». Et si les pollutions toxiques sont diffuses, leurs impacts révèlent
une distribution sociale très inégale du risque sanitaire. Ainsi, aux côtés des riverains affectés par les rejets industriels et chimiques, les premières victimes de la chimisation de l’agriculture sont évidemment les travailleurs agricoles eux-mêmes. Aujourd’hui en France, les agriculteurs sont ainsi loin d’être unanimes à réclamer le maintien à tout prix des pesticides, car beaucoup payent dans leur chair la manipulation de ces toxiques : en 2024, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a enregistré 978 demandes, parmi elles, 94 % concernent des travailleurs agricoles.
Balayant cette réalité tragique, le sénateur LR Laurent Duplomb se fait le défenseur acharné de l’agrochimie au Parlement, au nom d’un monde agricole qu’il prétend incarner à lui-seul. Malgré une pétition signée par deux millions de Français et la censure du Conseil constitutionnel, l’ancien représentant de la FNSEA, conseiller aux questions agricoles de Laurent Wauquiez, a déposé, le 30 janvier dernier, une nouvelle proposition de loi pour réautoriser l’usage de deux pesticides, dont l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit depuis 2018. Dans l’exposé des motifs de ce nouveau texte, la « compétitivité de la ferme France » (sic) tient lieu d’intérêt général. Il n’y a pas d’alternative selon le sénateur de la Haute-Loire : certaines filières sont dans une « impasse technique » et ne peuvent être livrées à la concurrence déloyale de leurs homologues européens.
Et pour le coup, Laurent Duplomb n’a sans doute pas tort. Le modèle agricole productiviste dépend structurellement du recours aux pesticides : il ne peut survivre sans eux. Leur interdiction suppose donc une transformation en profondeur des systèmes de culture, qui doivent obéir à d’autres lois que celles de la compétition marchande. Donc il faut être cohérent : si la France interdit l’usage de certains pesticides, comme l’acétamipride, il faut faire une entorse au « libre-échange », et interdire l’importation dans l’Hexagone de fruits traités avec ce toxique, comme le proposent actuellement les députées Aurélie Trouvé (LFI) ou Delphine Batho (Groupe Écologiste et Social). L’impasse n’est pas technique, M. Duplomb, mais bien politique. ◎
Rédactrice en chef
- Elle mettait en lumière la dangerosité de l’utilisation massive du DDT, un insecticide finalement interdit en France en 1971.
- Comme le rappellent Renaud Bécot, Christophe Bonneuil et Gabrielle Boulou dans leur livre récent Les natures du productivisme (La Découverte, 2020).
Socialter n°74
3
ours
Socialter bimestriel n°74 Février – Mars 2026
Bureaux de la rédaction 5 passage Floor, 75011 Paris redaction@socialter.fr
Directeur de la rédaction Olivier Cohen de Timary
Rédactrice en chef Elsa Gautier
Rédactrice en chef adj. Clea Chakraverty
Journaliste Léa Dang
Directrice artistique Clémence Dibre
Graphiste Fanny Muller
Marketing et Partenariats Camille Duhamel
Chargé de communication Antoine Polet
Correction/Editing Florent Paillery Nina Métais
Illustration de couverture Florent Pierre

- Contributeurs Simon Reymond Larissa Bombardi Nicolas Cossie Emmanuel Daniel Blandine Doazan Vincent Edin Edwyn Guérineau Pauline Guibert François Jarrige Nolwenn Jaumouillé Matthieu Le Goff Floriane Louison Natasha Marbot Bémi-Kenzo Pagès Victoire Badenne Salomé Saqué Giovanni Simone Anne-Sophie Simpson Emil Pacha Valencia Anne Waeles
Illustrateurs Olivia Blanc Florent Pierre
Photographes Victorine Aïsme Matthieu Le Goff Emil Pacha Valencia Antoine Seiter
Bande dessinée Lorrain Oiseau et Maxime Morin
Édition Socialter SAS 61 rue de Lyon 75013 Paris BCS Paris 707 454 832
Directeur de la publication Olivier Cohen de Timary
Principaux associés O.C.d.T., Fairway
Impression Imprimé en France Léonce Deprez, Waceourt (61) Origine papier : Finlande Certification2 : PEFC 100 % Plot : 0,0078 kg/l
Distribution Kiosque : MLP Librairie : Difpop-Pollet
Service des ventes au numéro (réservé aux professionnels) Opper (Ex- A Juste Titres) 01.40.84.22.22 pdelifer@opper.io
Publicité & Partenariats partenariat@socialter.fr
Abonnements Socialter / Opper CS 60005 31242 L’Union Cedex 03.34.58.35.60 abonnement@socialter.fr
Abonnement sur notre site www.socialter.fr
CPPAP : 1123 D 92060 Dépôt légal : à parution ISSN Bimestriel papier : 2370-6410
Socialter est une marque déposée. Pour toute reproduction d’article nous écrire à contact@socialter.fr
sommaire
6 conversation texto La privatisation de la culture expliquée à mes parents

entretien fleuve Fleur Breteau
16 dossier Qui paie le prix des pollutions ?
18 L’inégale exposition aux polluants
22
data Toxic tour : nos régions ont du talent
4
février – mars 2026
Illustration © Florent Pierre, Photo © Antoine Seiter